Entretiens –
La performance en mouvement

Regards stratégiques
issus du Legal Performers Day 2025

Le livre blanc « La performance juridique en mouvement » met en lumière une transformation profonde de la fonction juridique, désormais appelée à dépasser son rôle traditionnel de sécurisation pour devenir un levier stratégique de création de valeur. La performance juridique y est envisagée comme multidimensionnelle, à la croisée d’enjeux économiques, opérationnels et stratégiques, mais également organisationnels et humains.

Dans un environnement marqué par une complexification croissante – multiplication des volumes, pression économique accrue, instabilité des contextes réglementaires et géopolitiques – les directions juridiques sont conduites à repenser leurs modes d’action. L’essor de la data et de l’intelligence artificielle constitue un accélérateur majeur de cette évolution, en permettant à la fois d’améliorer la productivité, de renforcer l’analyse des risques et de mieux exploiter les informations juridiques au service de la décision.

Cette transformation s’accompagne également de l’émergence de modèles plus agiles et collaboratifs, dans lesquels la fonction juridique agit en interface avec l’ensemble des métiers de l’entreprise. La capacité à piloter l’activité, à démontrer la valeur produite et à s’inscrire dans des dynamiques transversales devient un marqueur clé de la performance.

Dans le prolongement du Legal Performers Day 2025, l’EDHEC Augmented Law Institute donne la parole à trois acteurs majeurs du monde juridique – éditeurs et LegalTech – afin d’éclairer, à travers leurs pratiques et leurs solutions, différentes approches de la performance juridique. Leurs témoignages mettent en évidence des prismes complémentaires :

Enfin, ces regards croisés confirment une évolution de fond : le droit ne se limite plus à une fonction de conformité ou de sécurisation, mais s’affirme comme une infrastructure essentielle au service de la performance globale des organisations.

La performance par la fiabilité informationnelle et l’aide à la décision

(Alexandrine Lavaury – Lexis Nexis)

La performance juridique se construit d’abord sur un impératif de productivité, dans un contexte où les professionnels du droit doivent produire davantage, plus rapidement, sans compromis sur la qualité. Cette exigence de vitesse s’accompagne d’un besoin d’outils capables non seulement d’accélérer la production (rédaction de clauses, d’emails, analyse de documents), mais aussi d’en garantir la pertinence.

Cependant, la performance ne se limite pas à un enjeu d’efficacité opérationnelle. Elle repose également sur la sécurisation des décisions. L’accès à une information juridique fiable, exhaustive et à jour devient un facteur déterminant. La mobilisation de corpus documentaires étendus, structurés et enrichis permet aux juristes de transformer l’information en connaissance exploitable, facilitant ainsi une prise de décision éclairée.

Enfin, la performance juridique s’inscrit dans une logique stratégique. Les directions juridiques et les cabinets doivent être en capacité d’accompagner les transformations de l’entreprise, notamment dans des opérations complexes telles que les fusions-acquisitions. Dans ce cadre, la veille réglementaire et informationnelle joue un rôle clé en permettant d’anticiper les évolutions et de sécuriser les orientations stratégiques.

Ainsi, la performance repose sur un triptyque cohérent :

La performance par la mesure et la valorisation de l’impact des directions juridiques

(Vivien Krotkine – Septeo Legal Suite)

Dans un environnement marqué par des crises successives et une pression économique accrue, la performance juridique se redéfinit autour de la capacité à démontrer sa valeur. Les directions juridiques ne peuvent plus uniquement être perçues comme des fonctions support ; elles doivent objectiver leur contribution à la performance globale de l’entreprise.

Un premier levier réside dans la valorisation des compétences métiers, notamment en matière d’analyse des risques. Les technologies, et en particulier l’intelligence artificielle, permettent d’identifier plus rapidement les clauses sensibles et de concentrer l’expertise humaine sur les enjeux critiques.

Le deuxième levier concerne la mesure de la performance opérationnelle. La centralisation des données juridiques (contrats, contentieux, litiges) permet de produire des indicateurs clés : économies réalisées, risques évités, amélioration de la qualité. Cette capacité de pilotage dans le temps rend visible la contribution du juridique à la création de valeur.

Enfin, la performance s’inscrit dans une dynamique collective. La capacité des juristes à travailler efficacement avec les autres départements – commerciaux, achats, direction générale – devient un facteur clé d’efficacité globale. Les outils collaboratifs intégrés facilitent cette transversalité et renforcent l’impact du juridique sur l’ensemble de l’organisation.

La performance juridique devient ainsi mesurable, démontrable et intégrée à la performance économique de l’entreprise.

La performance par la transformation du contract management en levier stratégique

(David Rivel – Gino Legal Tech)

La performance juridique connaît une transformation profonde avec la redéfinition du contrat, qui n’est plus un simple document administratif, mais un actif stratégique central pour l’entreprise. Il concentre des données essentielles – commerciales, financières, RH – qui, lorsqu’elles sont exploitées, deviennent un levier de pilotage.

Cette évolution intervient dans un contexte de complexification croissante (réglementation, mondialisation, volume contractuel), créant un déséquilibre entre la charge de travail et les ressources disponibles. Ce phénomène impacte directement la productivité, la visibilité et la maîtrise des risques.

Pour répondre à ces enjeux, la performance repose sur trois piliers.

L’intelligence artificielle amplifie cette transformation en permettant non seulement d’analyser et d’extraire des données à grande échelle, mais aussi d’intervenir dans des processus plus avancés, comme la négociation ou l’évaluation de la conformité contractuelle.

La performance juridique repose dès lors sur la capacité à structurer, exploiter et valoriser la donnée contractuelle comme un actif stratégique.

Conclusion

Une convergence forte existe : la performance juridique est aujourd’hui en pleine recomposition, portée par des transformations à la fois technologiques, organisationnelles et stratégiques.

Si les prismes diffèrent, trois dynamiques structurantes se dégagent. D’une part, la nécessité d’articuler productivité et fiabilité, en s’appuyant sur des outils capables d’accélérer les traitements tout en sécurisant les décisions. D’autre part, l’enjeu croissant de pilotage et de démonstration de la valeur, qui conduit les directions juridiques à objectiver leur contribution à la performance économique de l’entreprise. Enfin, la montée en puissance de la donnée, en particulier contractuelle, comme ressource stratégique permettant d’éclairer les décisions et d’optimiser les processus.

Ces évolutions traduisent un déplacement du centre de gravité de la fonction juridique. De support, elle devient pleinement actrice de la performance globale, en interaction constante avec les autres fonctions de l’organisation. Cette transformation repose autant sur l’adoption de nouvelles technologies que sur la capacité des juristes à s’approprier de nouveaux modes de fonctionnement, plus collaboratifs, plus orientés données et plus intégrés aux enjeux business.

Ces témoignages confirment que la performance juridique ne se décrète pas : elle se construit dans l’articulation entre expertise métier, maîtrise des outils et compréhension des enjeux stratégiques de l’entreprise.

Dans cette dynamique, le Legal Performers Day s’inscrit comme un temps fort de réflexion et de partage, permettant de poursuivre ces échanges et d’accompagner la transformation des métiers du droit.

Pour prolonger la réflexion, inscrivez-vous au Legal Performers Day 2026 :