« Le rôle du DPO, Compliance ou Ethics officer est de créer les conditions d’une décision responsable, pas seulement défendable. »

Entretien avec Hadrien Corrias, Ethics & Compliance Officer and Data Privacy Manager, Tractebel
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- Parcours
- Le développement de l’éthique du numérique dans la fonction juridique
- Nouveaux outils et nouvelles pratiques liées à la donnée après votre formation
Présentez-vous. Quel est votre parcours ?
J’accompagne des entreprises internationales, de secteurs variés, depuis plus de 12 ans sur les enjeux de protection des données et éthique des affaires à l’échelle française, européenne et internationale.
De formation juridique en droit du numérique, je me suis spécialisé en protection des données avant d’élargir mon champ de compétence aux sujets d’intégrité (anti-corruption) et d’éthique du numérique, afin de bénéficier d’une vision plus transverse.
Quelles ont été vos motivations pour rejoindre le programme Digital Ethics Officer en 2023 ?
Dans mon expérience, notamment retail, j’ai été confronté à des projets manipulant de larges volumes de données pour des usages variés. Ces projets ne nécessitaient pas toujours de formalisme juridiquement contraignant, tels que la réalisation d’une analyse d’impact sur la vie privée, mais pouvaient néanmoins soulever des enjeux significatifs en matière de confiance et d’influence sur les consommateurs. Je souhaitais alors étendre ma réflexion et ma pratique au-delà du cadre technico-juridique classique.
Quels enseignements en avez-vous tirés ?
J’ai apprécié de pouvoir réfléchir et développer une grille de lecture supplémentaire dans mon approche des projets. L’éthique pousse à aller au-delà d’une application stricte du droit ou de la recherche d’une interprétation juridiquement favorable ou défendable mais parfois déséquilibrée.
Le postulat de départ pour l’éthique est une situation légale qui peut faire apparaître des limites par rapport aux valeurs portées par l’organisation.
J’y ai retrouvé des enjeux très concrets pour la fonction de délégué à la protection des données (DPO), souvent placée en tension entre son rôle conseil “business” auprès de son responsable du traitement et son obligation de garantir la protection des droits des personnes concernées.
Enfin, le format de la formation, fondée sur la collaboration et l’analyse de cas concrets, favorise une approche pratique et opérationnelle.
Selon vous, quels enjeux demeurent essentiels en 2026 en matière d’éthique du numérique ?
L’éthique du numérique reste un point de tension important, évidemment dans le contexte de l’accélération de l’intelligence artificielle, largement commentée pour ses impacts potentiels sur les droits fondamentaux dont la vie privée, la non-discrimination, l’accès à l’espace public de manière anonyme.
Toutefois, bien cela soit moins commenté, l’utilisation de technologie « non innovante » est souvent considérée par défaut comme non sensible alors que celle-ci soulève des questions importantes.
D’abord, qu’est-ce qui est innovant, et pour qui ? Quelle est la compréhension réelle des utilisateurs ? Le suivi permanent multi canal, les logiques probabilistes et la reproduction de pratiques discutables alimentent ce questionnement, entre effets positifs et effets négatifs, visibles et invisibles.
Quels axes émergents ou évolution de votre pratique envisagez-vous dans les années à venir ?
Les matières juridiques sont des domaines techniques et spécialisés. Toutefois, le numérique nécessite une vision plus globale et possiblement de combiner des rôles, nécessitant une gestion fine du risque de conflit d’intérêt.
Deux défis importants : démontrer la valeur de s’engager réellement, au-delà du strict minimum, et renforcer la confiance entre les organisations et leurs parties prenantes.
L’éthique permet l’anticipation et la stabilité du positionnement d’une organisation.
Pour cela, il faut une gouvernance interne réelle en matière d’éthique du numérique, dédiée ou intégrée dans des instances existantes selon le niveau de maturité de chacun, pour anticiper les tensions, créer naturellement les discussions et les arbitrages. De cette manière, l’organisation est en position de prendre la bonne décision, celle qui l’aide à rester cohérente et crédible.
Par ailleurs, l’asymétrie, voire la fracture technologique, entre les experts internes ou externes qui conseillent les organisations et les personnes concernées ou consommateur moyen est très forte. Oser interroger vraiment ses clients permettra aux organisations de se reconnecter et sécuriser durablement les activités.
Le rôle du DPO, Compliance ou Ethics officer est de créer les conditions d’une décision responsable, pas seulement défendable.

